Je comprends qu'un automobiliste obligé de ralentir, au même titre que toute personne frustrée pour quelque raison que ce soit, éprouve de la colère. Cela suffit-il à l'exonérer de son obligation de maîtriser sa pulsion dès lors que celle-ci vise un cycliste ? On pourrait penser que la justice fonctionne souvent à deux vitesses. On estime par exemple qu'un automobiliste abandonnant son véhicule, moteur tournant, devant une épicerie, incite coupablement les voleurs potentiels alors qu'un violeur n'a aucune chance de se disculper en invoquant la tenue provocante de sa victime. En l'occurrence, le caractère "provocateur" subit une différence de traitement selon qu'on juge une affaire sexuelle ou un vol : notre société comprend, admet qu'on puisse être tenté par des biens matériels mais est profondément dégoûtée par les crimes sexuels. La justice est donc le reflet de notre société. Apparemment, notre société (le plus grand nombre ?) "tolère" que l'automobiliste manifeste son agacement envers le cycliste gênant... Dans le même élan, et le fait est très grave, la justice oublie le potentiel meurtrier d'une voiture face à un cycliste. Difficile d'abandonner la loi du plus fort dans un société qui ne manque pas pourtant d'invoquer la notion "d'usager faible"...