On critique souvent les derniers politiciens de gauche mais la gauche s'est effondrée au sein même de la population.
La politique "de gauche" renvoie à l'idée de solidarité alors que "la droite" reflèterait l'individualisme, mais au fond les humains agissent surtout par intérêt. C'est le contexte, plus que les convictions, qui favorise l'une ou l'autre politique. Quand les ouvriers travaillaient comme des esclaves, il leur était plus "naturel" de s'unir pour être plus forts face au patronat et obtenir des avantages sociaux. Puis, le confort croissant a rendu les individus moins combattifs, craintifs de perdre leurs acquis sociaux.
J'ai obtenu mon premier CDI en 1981. Une semaine après le début de ma période d'essai, une grève a débuté dans mon entreprise, les travailleurs réclamaient un réajustement de la grille des salaires. J'ai ensuite connu d'autres grèves dans la même entreprise, généralement lors des négociations pour des conventions. La plus longue a duré un mois... Ceux dont la femme ne gagnait aucun revenu étaient inquiets et râlaient un peu parce que les indemnités versées par les syndicats ne suffisaient pas à subvenir aux besoins de leur ménage mais l'ensemble du personnel restait soudé face au directeur.
C'était une toute autre affaire dans mon dernier emploi à partir de 2008. L'usine était toute neuve et la moyenne d'âge du personnel était d'environ 25-30 ans. Donc des jeunes travailleurs dont la mentalité n'était pas "de gauche", qui n'avaient jamais connu aucune grève et ignoraient la force d'un groupe solidaire. Chacun imaginait qu'il était seul face au patron et craignait de perdre son emploi. J'ai entendu des réflexions du genre : "à quoi bon faire grève, ça ne sert rien".
Je pense que les individus ne commencent à réagir et à devenir solidaires que lorsqu'ils n'ont plus rien à perdre. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui, l'heure est plutôt au repli sur soi, on fait le dos rond en espérant que ça aille mieux demain. Ou alors on rouspète sans agir.